Article 166

Article 166





LA MUSIQUE


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La musique souvent me prend comme une mer !
Vers ma pâle étoile,
Sous un plafond de brume ou dans un vaste éther,
Je mets à la voile ;

La poitrine en avant et les poumons gonflés
Comme de la toile,
J'escalade le dos des flots amoncelés
Que la nuit me voile ;

Je sens vibrer en moi toutes les passions
D'un vaisseau qui souffre ;
Le bon vent, la tempête et ses convulsions

Sur l'immense gouffre
Me bercent. D'autre fois, calme plat, grand miroir
De mon désespoir !
# Posté le mercredi 08 juillet 2009 07:42

Article 165

Article 165





Il faut garder quelques sourires pour se moquer des jours sans joie.

[Charles Trenet]
# Posté le mercredi 01 juillet 2009 02:32

Article 164

Article 164
Hélas, avant la mort d' où vient que je te pleure ?
De nos doux rendez-vous qui donc a manqué l' heure ?
Le temps va comme il veut ; l' amour s' est arrêté :
ne me reviendras-tu que dans l' éternité ! ...
l' amour vrai, tiens ! C' est Dieu remontant au
calvaire.
J' ai lu dans un beau livre, humble, grand et sévère,
dont l' esprit devant toi me relève aujourd' hui :
" l' éternel mit la femme entre le monde et lui. "
moi, je suis une femme aussi comme ta mère !
Elle me défendrait de ton insulte amère.
Plus grand que son amour, mon amour se donna !
Une femme aima trop, et Dieu lui pardonna.
Crois donc que pour aimer il faut un grand courage,
que rester immobile au pied d' un tel orage,
ce n' est point lâcheté, comme tu dis toujours :
c' est attendre la mort sans disputer ses jours,
c' est accomplir un voeu, fait au bord de l' enfance,
de ne rendre jamais l' offense pour l' offense ;
c' est acheter longtemps, par pleurs et par pitié,
une âme, qu' on voulut pour soeur et pour moitié,
une chère âme, au monde et donnée et perdue,
et qui par une autre âme au ciel sera rendue !
Ainsi, crois à l' amour ! Il est plus fort que toi :
s' il vit seul, s' il attend, s' il pardonne, c' est moi !



Marceline Desbordes-Valmore
# Posté le vendredi 26 juin 2009 05:09

Article 163

Article 163


De riches marchands embarquent à bord d'un navire avec leurs
biens, leurs esclaves et leur orgueil d'hommes à l'abri de tout
besoin.

Les marins portent leurs malles remplies de bijoux, d'or et de
riches étoffes alors qu'eux n'ont pour tout bagage qu'un méchant
sac vide et une vieille couverture.

Mais la mer se fait d'huile et le vent n'est pas décidé à se
lever.

A bord, les marchands se conduisent comme s'ils commandaient aux
Dieux eux-mêmes en pestant contre les astres, en regrettant que
le vent ne souffle pas avec plus de force et en humiliant les marins
qui ne "connaissent rien à l'art de la navigation".

Tant et si bien que les Dieux finissent par les entendre et décident
de répondre à leurs v½ux en envoyant une terrible tempête pour les punir.

Les nuages noirs s'amassent à l'horizon et le vent s'annonce par
petites rides de plus en plus rapprochées sur la surface de la mer.
Les marins comprennent qu'ils vont vivre de terribles heures et se
tiennent prêt à leurs postes, tandis que les riches marchands, heureux
que les Dieux les aient entendus, raillent la couardise de l'équipage.

Au pire de la tempête, les marins s'aperçoivent qu'ils ne pourront
pas s'en tirer sains et saufs sans larguer du lest.

Soucieux de sauver leur navire, ils n'hésitent pas à passer les
bagages les plus lourds par-dessus bord. Mais les riches ne l'entendent
pas de cette oreille et s'accrochent à leurs malles comme si c'était
elles qui allaient les sauver.

Ils supplient les Dieux de les épargner et pleurent comme des enfants.

Le capitaine du bateau est forcé de menacer d'en jeter quelques-uns
à l'eau avec leurs coffres pour qu'ils acceptent de se séparer de leur or.

L'énorme poids ainsi libéré, le navire retrouve sa stabilité.

La tempête se calme aussitôt et l'équipage est sauvé. Les marins sont
heureux mais les riches marchands restent silencieux : avec leur richesse,
c'est leur vie qu'ils croient anéantie.

Qu'est-ce qui est le plus important : nos biens ou notre vie? Trop
souvent, pour nos biens matériels nous mettons notre santé en péril.
Nous consacrons notre vie à l'argent, et la vie nous file trop vite entre
les doigts.

Comment gagner notre vie... sans la perdre?

A l'image de ces marchands, moins nous avons de bagages à porter,
plus notre fardeau sera léger... et moins la tempête sera redoutable.
# Posté le dimanche 21 juin 2009 11:07

Article 162

Article 162


La vision d'Ève

... Soleil du jardin chaste ! Ève aux longs cheveux d'or !
Toi qui fus le péché, toi qui feras la gloire !
Toi, l'éternel soupir que nous poussons encor !
Ineffable calice où la douleur vient boire !

Ô Femme ! qui, sachant porter un ciel en toi,
À celui qui perdait l'autre ciel, en échange,
Offris tout, ta splendeur, ta tendresse et ta foi,
Plus belle sous le geste enflammé de l'archange !

Ô mère aux flancs féconds ! Par quelle brusque horreur,
Endormeuse sans voix, étais-tu possédée ?
Quel si livide éclair t'en fut le précurseur ?
À quoi songeais-tu donc, la paupière inondée ?

Ah ! dans le poing crispé de Caïn endormi
Lisais-tu la réponse à ton rêve sublime ?
Devinais-tu déjà le farouche ennemi
Sur Abel faible et nu s'essayant à son crime ?


Léon Dierx
# Posté le lundi 15 juin 2009 03:26